Covid 19 : pas de confinement pour les fakenews !

Comme chaque crise, la pandémie du coronavirus covid 19, a son lot de fakenews, fausses informations en français. Un tel niveau est probablement même inédit dans notre pays, certains groupes complotistes et politiques profitant du désoeuvrement de la population face à cette crise et au confinement. Il s’agit parfois également de simples blagues ou de personnes voulant aider, maladroitement. Ajoutez à cela une explosion du temps passé en ligne et du nombre de discussions sur Facebook – plus 90% de commentaires selon une étude de Netino pour France Inter – et vous avez la recette parfaite pour semer le doute et le trouble dans une société. 

« L’Institut Pasteur aurait inventé le COVID-19 ou le virus à son origine », « le gouvernement appellerait les femmes enceintes à se retenir quelques semaines », « le liquide chaud neutraliserait le virus »… Sont quelques unes des fausses informations qui ont enflammé les débats sur les réseaux sociaux.

« Mais moi je ne sais pas comment reconnaitre une fausse information »

Cette situation pose une question de fond : comment former la population afin que chaque citoyen soit capable de détecter une fausse information ? Car, contrairement à ce qui a été dit à de nombreuses reprises, il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants qui diffusent des fakenews. En effet, la grande majorité des personnes qui diffusent des fakenews ne sont ni plus ni moins que des victimes. « Mais moi je ne sais pas comment reconnaitre une fausse information », m’a récemment dit une personne interrogée sur la diffusion d’une information contestable.

Il s’agit là d’un débat qu’il faudra ouvrir. Ce débat devra être équilibré, ne laisser aucune place à l’idéologie : il est difficile de trouver l’équilibre entre liberté d’expression et manipulation, entre liberté de conscience et atteinte aux libertés.

Comment détecter une fakenews ?

Il n’y a pas de recette miracle, mais voici quelques règles à appliquer avant de relayer une information :

  • La première chose à faire est de vérifier la source : est-ce que ce site web est crédible ? Regardez le nom de domaine (l’adresse du site) et évitez les adresses avec des sous-domaines complexes (par exemple : blog124.blogservice.com). Copier coller le nom de domaine sur Google pour trouver des avis. Vérifiez les mentions légales et qui est l’éditeur du site. Le journal Le Monde propose également un service de vérification de la crédibilité des sites web : le Décodex
  • Qui est l’auteur ? mais, parce que des sites crédibles peuvent aussi relayer des informations contestables, vérifiez si l’auteur est lui aussi crédible : est-ce que l’article est signé ? Est-ce que l’auteur un expert dans son domaine ? Idem pour une chaîne Youtube ou une page Facebook. N’hésitez pas à vérifier leurs précédentes publications.
  • Est-ce que les informations sont sourcées ? Si l’article cite une étude, est-ce qu’un lien vers cette dernière est disponible ? Il est parfois utile de se faire son propre avis.
  • La date de l’information : on vit souvent des informations déterrées plusieurs années après leur publication pour leur donner un sens nouveau. Pensez à toujours vérifier la date de publication initiale.
  • Croisez les sources d’information : une information vous scandalise ? Avant de la publier ou de la partager, croiser les sources en allant chercher sur Google Actualités d’autres articles sur d’autres sites. 
  • Interrogez un expert : les réseaux sociaux vous permettent d’avoir accès à des experts reconnus, n’hésitez pas à les interroger, sur Twitter notamment. Les médias Libération et Le Monde propose également des services de lutte contre les fausses informations qui peuvent répondre à vos questions : Checknews et les Décodeurs. D’ailleurs, en parcourant leurs pages, il y a de grandes chances que vous trouviez des réponses à des questions que vous vous posez. Le site Factuel, de l’Agence France Presse, offre également un excellent service de vérification de l’information.
  • Vous avez encore un doute ? Ne relayez pas cette information. 

Étude de cas : la porte parole du Gouvernement demande aux femmes enceintes de se retenir.

« Je demande aux femmes enceintes de se retenir quelques semaines ». Cette citation prêtée à Sibeth Ndiaye, porte parole du Gouvernement, a scandalisé de nombreux internautes et en particulier des femmes enceintes ou des mères qui ont répondu avec une colère palpable à la Secrétaire d’État.

D’où vient cette information ?

Avec une simple recherche sur Google et en moins d’une minute on retrouve la source de cette information : le site desourcesure.info. Et que son slogan est « L’actualité vérifiée ou presque »… Très sérieux !

En cherchant le nom de l’auteur on trouve « Sachant 3 ». De quoi mettre la puce à l’oreille si le nom du site et la lecture de l’article – qui liste d’autre conseils tel que « lavez vous les mains et le reste aussi » – ne l’avaient pas encore fait.

Une simple recherche sur Google nous éclaire également car tous les premiers résultats sont des articles qui démentent la fausse information.

Enfin, il suffisait de jeter un oeil au pied de page du site desourcesure.info pour avoir dès le début la réponse à la question « vraie ou fausse information ? » car le site précise sur toute ses pages : « DeSourceSure.info est un site à vocation humoristique et parodique. Il est parti d’une idée simple : Faire rire les gens en ces temps pas toujours roses. Toute info se révélant vraie ou approchant de la réalité ne serait qu’une pure coïncidence. »

Dans le cas de cette information, le mauvais réflexe des internautes a été de partager une capture d’écran sans la contextualiser avant et sans vérifier la source de l’information.

Par Anthony Bressy